Institut Universitaire

Maïmonide - Averroès - Thomas d'Aquin

Le Judaïsme montpelliérain depuis 1944

Au sortir de la guerre, la collectivité juive exsangue (une cinquantaine de familles de souche alsacienne, ashkénaze et turque pour la plupart)  est une mosaïque meurtrie par la Shoah.

La  reconstruction puis l’afflux des juifs d’Afrique du Nord

En 1946, de la rue Marceau à la rue des Trésoriers de France, le lieu de culte de l’Association Cultuelle Israélite de Montpellier (ACIM) évolue. Puis le Conseil d’administration, sous la direction de César Uziel (d’origine ottomane, il aida, pendant la guerre, les coreligionnaires apatrides fuyant l’avancée allemande), acquiert le rez-de-chaussée d’un immeuble rue des Augustins. La synagogue inaugurée en 1952 y demeura jusqu’en 1985, avant son transfert rue Lafon, aux côtés de celle dite Mazal Tov, rue Proudhon. L’année 1956 voit l’arrivée du rabbin Roger Kahn dont le dynamisme à l’égard de la jeunesse modifiera la communauté, à la suite également de l’ouverture en 1957 du nouveau centre communautaire de l’avenue de Lodève, subventionné par le FSJU.

L’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord constitua, à Montpellier comme partout ailleurs en France, un tournant historique  que  les membres de la communauté, toutes origines confondues, accompagnèrent. Les déracinés sépharades, contraints de s’adapter à des contrées, méditerranéennes certes, mais  différentes à bien des égards, apportèrent en héritage la chaleur de l’Orient, mâtinée d’un rigorisme rituel. Leur judaïsme décomplexé et exubérant, revivifia le groupe communautaire qui demeurait maigrelet. Guy Zemmour, président de l’Institut Maïmonide, proche de Georges Frêche accompagna l’essor de la communauté, quatre décennies durant. 

Les années Frêche

L’arrivée  aux responsabilités de Georges Frêche - maire de 1977 à 2004, président de l’Agglomération dès 1977, puis de la Région Languedoc-Roussillon de 2004 à 2010 - marque un tournant pour les juifs. Se révélant comme un ami fidèle, aux accents sionistes appuyés, aux réalisations tangibles, Frêche devient un « Juif de cœur » pour les 6000 Juifs montpelliérains. S’entourant de représentants de la communauté, il  a marqué de son sceau la population juive qui lui fut acquise, rapidement.

Ami du judaïsme, Georges Frêche le fut assurément: restauration du mikvé médiéval lors du millénaire de la ville ;  jumelage  avec Tibériade  – tissant un autre lien entre Maïmonide et  la « Ville du Mont », Ir ha har, au Moyen Âge; présence avec masque à gaz dans l’Etat Juif en 1990 lors de la guerre du Golfe ; construction et aménagements des synagogues Mazal Tov, Ben Zakaï,  de la «Maison de Tibériade ». Cet historien s’avéra un fin connaisseur du peuple juif, admiratif de ses 5000 ans d’histoire, de sa civilisation, et surtout de l’Etat d’Israël. Sa disparition en 2010 a suscité une onde de choc chez les juifs de la Ville. Un bosquet Georges Frêche dans les forêts de Jérusalem témoigne de leur reconnaissance et de l’attachement à son souvenir.                

RJL et la Journée de Jérusalem

Dans les années 1980-90, l’essor du judaïsme montpelliérain, lié à la montée en puissance de Frêche, se cristallisa autour de la création de Radio Juive languedocienne, aujourd’hui Radio Aviva, co-fondée par le Professeur Carol Iancu auquel l’on doit aussi la découverte du mikvé médiéval de la ville, et qui créera à l’Université Paul Valéry, le Centre de Recherches et d’études juives et hébraïques (CREJH).

Une autre réalisation, émanant du Centre Communautaire et Culturel Juif de Montpellier (CCCJ), « La Journée de Jérusalem », rassemblement populaire, s’imposera comme un moment phare. Créé en 1978, cet événement deviendra le rendez-vous incontournable de la communauté.

Le Festival du film juif et israélien, trop tôt disparu, a eu le mérite de traiter de la diversité de la création cinématographique israélienne dans une ville à la longue mémoire sioniste : on compte quatre délégués juifs montpelliérains au Congrès de Bâle de 1897,  des tractations eurent lieu en préfecture pour le départ de l’Exodus à Sète ; le jumelage avec Tibériade témoigne d’une permanence de cette tradition.

L’Institut Maïmonide

Les années 2000 sont marquées par plusieurs événements, notamment la création d’une école et d’un collège juifs, ainsi que des délégations régionales du CRIF et du Comité Français pour Yad Vashem. Un renouveau générationnel se manifeste, dû au dynamisme du président de l’ACIM Jean-Didier Lévy, et à l’implication du rabbin Didier Kassabi.

Suite à la découverte d’un des plus anciens (XIIe siècle) Mikvaot européens, et partant du constat qu’à Montpellier, le judaïsme médiéval connut un âge d’or jusqu’aux édits d’expulsion du XIVe s, le maire Georges Frêche et l’ancien Grand Rabbin de France, René-Samuel Sirat, tous deux universitaires, créent en 2000 l’Institut Universitaire Euro-Méditerranéen Maïmonide (IUEMM) en vue de réinstaller la figure médiévale de Maïmonide dans la Ville. L’Institut qui s’est imposé dans le paysage culturel local est intégré dans l’un des deux quartiers juifs médiévaux, celui de la Barralerie où s’affrontaient- il y a 700 ans - les passions autour de la pensée maïmonidienne. Développer l’histoire et la civilisation du judaïsme et d’Israël, favoriser le dialogue interreligieux (à l’instar des échanges vers 1300 entre savants juifs et chrétiens autour du legs judéo gréco arabe), constituent les axes fondateurs de cet Institut.  

De plus, la Municipalité propose depuis 2008 avec l’aide de l’IUEMM et de la « Nouvelle Gallia Judaica », équipe CNRS également intégrée dans l’immeuble  historique  de la rue de la Barralerie (2003), et sous la responsabilité de Danièle Iancu-Agou (directrice de recherches au CNRS), sept vitrines didactiques à l’intention des passants, qui relatent l’histoire du Montpellier hébraïque. La Ville avec son maire, Hélène Mandroux, a acquis en 2008 un Mahzor du XIVe s. du rite montpelliérain et des campagnes de fouilles archéologiques se poursuivent autour de la sinagoga judeorum. C’est dire si la glorieuse histoire juive médiévale résonne « forte », comme on dit pour la musique, dans la « Ville du Mont ».

 

Michaël Iancu, d’après le Dictionnaire du Judaïsme français depuis 1944, éditions Armand Colin et Le Bord de l’Eau, 2013.